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Interview avec Alpha Blondy

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Alpha Blondy
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« La Musique a soigné mes blessures »

Le chanteur de reggae ivoirien Alpha Blondy qui était l’invité du ‘’Monde d’Elodie’’, une émission de ‘’France info’’, confie qu’à l’enfance, il était timide et bégayait. Dans cet entretien, la star du reggae revient sur son passé avant de décortiquer ‘’Human Race’’, son dernier album sorti en août dernier. 

« Je suis un amoureux de la vie et je suis un anti-violent intégriste. Un amoureux intégriste », estime le chanteur Alpha Blondy, sur France info dans Le Monde d’Elodie, à l’occasion de la sortie de son dernier album Human race.

Human race, un titre d’opus pour réconcilier les populations entre elles. « C’est un hommage à la grande famille de la race humaine », explique l’artiste, pour qui nous passons trop de temps « à parler du milliard de salauds qui nous pourrissent la vie » plutôt que de nous concentrer sur « la majorité des six milliards qui nous donnent du bonheur et de l’amour ». L’amour, qui est, pour lui, la plus grande valeur humaine. « Dans l’ADN de l’espèce humaine, il y a de l’amour », pense-t-il.

Un combattant pour la paix

Le reggaeman ivoirien est revenu, à 65 ans, plus pacificateur. Il est pourtant toujours le protestataire qui a chanté Brigadier Sabari (qui peut se traduire par la supplication « Brigadier, pitié ! »), le titre culte de son premier album qui dénonçait les violences policières en Côte d’Ivoire. « Aujourd’hui on en parle avec beaucoup de joie. Mais à l’époque, tu vas te plaindre où ?, questionne-t-il. Nous ne sommes pas en France et tu ne vas pas porter plainte contre la police à un poste de police. Donc tu encaisses », conclut-il.

Mais Alpha Blondy a appris à laisser derrière lui ses rancœurs. « Cette blessure, Dieu l’a utilisée pour m’habiller d’habits de lumière », illustre-t-il. C’est pour ça d’ailleurs qu’il a nommé, en 1982, son album Jah Glory (la gloire de Dieu). Son amour de Dieu, c’est sa grand-mère, sa mère de cœur, « l’amour de sa vie », qui lui a transmis. « Elle m’a enseigné cela : Dieu commence dans le regard de l’autre. C’est un trésor », confie-t-il. Tu ne peux pas aimer l’autre si tu ne t’aimes pas. Il faut que tu aies en toi un capital d’amour pour pouvoir le partager », philosophe-t-il.

L’héritage de sa grand-mère

Le chanteur a été élevé par sa grand-mère. « Les épreuves de la vie commencent dès votre naissance. On vous teste », considère Alpha Blondy. Sa mère l’a eu à ses 14 ans. « Je ne dirais pas que mon père était un pédophile, enfin je suis le fruit de cet amour-là ». Ses parents biologiques n’ont donc pas pu l’éduquer.

Pour autant, sa grand-mère lui a appris à penser à sa mère. « Elle m’a dit ‘ne laisse pas ta mère derrière’. Elle avait compris que j’étais plus attaché à elle qu’à ma mère, témoigne-t-il. Aujourd’hui, donc, quand j’ai dix francs, je les envoie à ma mère. Et quand elle me remercie, je lui dis de remercier plutôt ma grand-mère ».

Alpha Blondy est aussi connu sous le surnom de « Marley ivoirien ». Pour une raison simple : le reggae était, avant Blondy, exclusivement jamaïcain, mais après il a aussi été africain. Une comparaison qui flatte l’artiste mais qui lui semble légèrement disproportionnée : « C’est gratifiant. Mais dans le ciel du reggae, Marley est le soleil, et, moi, je ne suis qu’une petite étoile », dit-il avec humilité.

 La musique, sa potion magique 

Il n’a pourtant pas à rougir de son sens du rythme et des formules. La musique, il est tombé dedans tout petit « comme Obélix » dans la marmite, indique-t-il. « J’étais un gros solitaire, enfermé sur moi-même, un gros timide, un bègue », admet-il. Un comble (ou non) pour un pro des mots, Alpha Blondy bégayait petit. « Quand je suis énervé, ça se voit », témoigne-t-il. Il énumère plein de mots à la suite des autres mais « ce sont des mots béquille », révèle-t-il.

Faire de la musique a donc été pour lui salvateur : « C’était une façon de me mettre en valeur, d’être en lumière. La musique a soigné mes blessures, m’a fait aimer mon continent et moi-même », conclut-il.

J.Fox

 

 


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